Pas de chaise, pas de place. Comment les lieux nous parlent?
Une entrée contrôlée, non seulement de la carte d'étudiant, de votre sac, du lieu où vous vous rendez.
Les salles sont insuffisantes pour accueillir les élèves, alors qu'existent de petits amphithéâtres, ceux par exemple où se déroulent les partiels.
Pas assez de chaises, pas assez de place. Les premiers seront les servis, et pour les autres...A vous de voir. Faut-il désormais réquisitionner les chaises du Luxembourg afin de pouvoir prend un cours assis?
De même que le lieu de travail consacré, est lui aussi insuffisant dans sa capacité d'accueil, mais surtout, surtout, ouvert jusqu'à 17H seulement. Nous n'avons pas de lieu commun aux étudiants de philosophie où ils pourraient se réunir, penser, développer des activités. Nous répondre qu'il existe des bibliothèques aux alentours doit-il aussi nous faire comprendre que l'élève a désormais à se fournir lui-même sa table et sa chaise ?
Cynisme ou indifférence : il vous faut quotidiennement justifier de notre place alors que nous n'en avons pas. La place de l'étudiant de licence ou de master, après avoir rudement combattu ou élaborer toute sorte de stratégie pour rentrer en cours, et qui arriverait tout de même trop tard, se réduit donc à un petit bout de parquet.
De même parlons encore de l'insuffisance dans l'organisation des séminaires: pourquoi une telle concentration la journée du jeudi. Pourquoi avoir dédié la philosophie à une journée alors qu'il en existe quatre autres par exemple?
Cette insuffisance, ce problème matériel nous semble en réalité faire écho à un problème plus fondamental quant à la gestion de l'UFR de philosophie et la conception institutionnelle de la formation et l'avenir des étudiants de philosophie. Nous n'avons pas de place, et cette réalité nous est communiquée au sens propre et figuré tous les jours par les lieux, l'indifférence du corps administratif, professoral, la désorganisation du secrétariat, le silence sur ces réalités s'ébruite dans les couloirs, et malmène les étudiants en philosophie, voire la philosophie elle-même.
On aurait comme l'impression d'une dissuasion, et si ce n'est là le fruit d'une intention consciente et inconsciente, nous en sommes certains, le résultat et l'impact sur les élèves est malheureusement et insidieusement le même. Ne pas s'en préoccuper c'est le cautionner.
Ce manque de place nous l'affirmons n'est ni un superflu, ni un résidu folklorique post soixante-huitard à associer avec sourire à la marginalité et l'originalité de la philosophie, comme pourraient le penser certains élèves. Et le penser c'est là encore la preuve que s'est ancrée l'idée que la philosophie relève d’une précarité sociale et institutionnelle. S'il est pénible de constater cette insuffisance, il est à long terme un message d'indifférence et une indifférence au découragement qu'il peut induire.
Indissociablement ce problème matériel fait écho à un problème institutionnel et pédagogique. La matérialité déficiente doit nous interpeller sur un horizon moins visible car ces éléments disent plus qu'eux-mêmes. Cette invisibilité de notre place construit donc en creux la visibilité d'un désinvestissement de l'activité et de la place de l'étudiant en philosophie.