Lorsqu’en France, vous suivez des études de philosophies, la rubrique « débouchés » remplies par les institutions propose des travaux de recherche, des métiers de l’enseignement et depuis peu, des masters pro. Si vous allez maintenant sur le site d’une université anglo-saxonne, dans le département de philosophie, les débouchés envisagés concernent les secteurs des ONG, du management, de la publicité, des banques, du conseil, et bien d’autres encore. Comment expliquer cet écart? Selon nous, la notion d’utilité publique permet de saisir en quoi ces deux visions des finalités de l’enseignement
philosophique s’opposent mais tendent aujourd’hui à se confondre.
Le rôle traditionnel du philosophe dans la République est aujourd’hui en crise. Mais les manifestations de ce déclin ne sont pourtant pas évidentes. C’est peut-être parce que nous avons cessé d’estimer ce rôle en vertu du dessein que nous lui avions assigné. D’autres ambitions sont en train de prendre le relais et certains conviendront qu’il est peut-ê parti liée avec l’histoire de la République.
L’enseignement généralisé dans les classes de terminales, à l’âge de transition vers la vie politique, témoigne clairement une ambition politique. Former au jugement éclairé, c’est favoriser les forces démocratiques et républicaines face aux résurgences du régime autoritaire. Le pouvoir républicain, dans un esprit rousseauiste, a sans conteste donné crédit au développement de la rationalité comme moyen d’assurer la concorde politique par l’harmonisation de la volonté individuelle à la volonté générale. Ce mythe du rationnel et de l’universel a peut-être vécu, mais rien n’a été envisagé pour le remplacer. Supprimer le rationnel et l’universel pour vous orienter dans la pensée et il ne reste que la force et les passions les plus basses.
D’autre part, l’utilité publique du philosophe dans la République n’a pas simplement consisté à se mettre au service du pouvoir. C’est là la transformation radicale qu’a apporté l’affaire Dreyfus au rôle public du savant. Car c’est bien au nom d’une vérité scientifique(concernant les faux bordereaux) que
les universitaires sont intervenus contre le pouvoir. Comme l’a si bien dit G. Noiriel, depuis l’Affaire, l’intellectuel est celui qui dit la vérité au pouvoir au nom des opprimés. Ce rôle detre bon de laisser faire. Cependant, il est probable que nous ne soyons pas loin d’un 6 février 1934 ou d’un 21 Avril. Et parce que nous ne pouvons ignorer ce spectre, il nous faut saisir pourquoi le rôle public du philosophe tend à s’estomper.
philosophique s’opposent mais tendent aujourd’hui à se confondre.
Le rôle traditionnel du philosophe dans la République est aujourd’hui en crise. Mais les manifestations de ce déclin ne sont pourtant pas évidentes. C’est peut-être parce que nous avons cessé d’estimer ce rôle en vertu du dessein que nous lui avions assigné. D’autres ambitions sont en train de prendre le relais et certains conviendront qu’il est peut-ê parti liée avec l’histoire de la République.
L’enseignement généralisé dans les classes de terminales, à l’âge de transition vers la vie politique, témoigne clairement une ambition politique. Former au jugement éclairé, c’est favoriser les forces démocratiques et républicaines face aux résurgences du régime autoritaire. Le pouvoir républicain, dans un esprit rousseauiste, a sans conteste donné crédit au développement de la rationalité comme moyen d’assurer la concorde politique par l’harmonisation de la volonté individuelle à la volonté générale. Ce mythe du rationnel et de l’universel a peut-être vécu, mais rien n’a été envisagé pour le remplacer. Supprimer le rationnel et l’universel pour vous orienter dans la pensée et il ne reste que la force et les passions les plus basses.
D’autre part, l’utilité publique du philosophe dans la République n’a pas simplement consisté à se mettre au service du pouvoir. C’est là la transformation radicale qu’a apporté l’affaire Dreyfus au rôle public du savant. Car c’est bien au nom d’une vérité scientifique(concernant les faux bordereaux) que
les universitaires sont intervenus contre le pouvoir. Comme l’a si bien dit G. Noiriel, depuis l’Affaire, l’intellectuel est celui qui dit la vérité au pouvoir au nom des opprimés. Ce rôle detre bon de laisser faire. Cependant, il est probable que nous ne soyons pas loin d’un 6 février 1934 ou d’un 21 Avril. Et parce que nous ne pouvons ignorer ce spectre, il nous faut saisir pourquoi le rôle public du philosophe tend à s’estomper.
Car l’utilité publique du philosophe a contre-pouvoir, la philosophie l’a sans aucun doute perdu. Il est déroutant d’assister à des cours sur la question du bio-pouvoir chez Foucault, et de n’entendre mentionner à aucun moment la question de la « rétention » des sans-papiers enFrance. De même qu’il semble incongru de faire un cours sur la société civile sans mentionner le rôle bouleversant d’internet l’année où wikileaks révèle jusqu’aux secrets les plus intimes des Etats. Il ne s’agit pas de faire table rase du passé. Il s’agit de comprendre pourquoi nous n’envisageons plus le commentaire des classiques
comme porteur d’une actualité. Quant au rôle spirituel du philosophe, lui aussi semble à l’abandon. Nous pensons ici à toutes les pensées qui envisagent l’enseignement de la philosophie comme une transformation du sujet afin d’accéder à la vérité. Ce mouvement du sujet qui modifie sa perception et son identité sous l’effet du savoir est le propre de la pratique philosophique. Ce rôle spirituel n’a certes pas disparu. Mais il a été laissé aux vulgarisateurs, comme un renoncement de l’universitaire à s’adresser à tous. Le philosophe est conscient qu’il lui faut fuir la société du spectacle. Mais sa position en retrait a pour aussi pour conséquence la fin d’un coup d’éclat permanent.
comme porteur d’une actualité. Quant au rôle spirituel du philosophe, lui aussi semble à l’abandon. Nous pensons ici à toutes les pensées qui envisagent l’enseignement de la philosophie comme une transformation du sujet afin d’accéder à la vérité. Ce mouvement du sujet qui modifie sa perception et son identité sous l’effet du savoir est le propre de la pratique philosophique. Ce rôle spirituel n’a certes pas disparu. Mais il a été laissé aux vulgarisateurs, comme un renoncement de l’universitaire à s’adresser à tous. Le philosophe est conscient qu’il lui faut fuir la société du spectacle. Mais sa position en retrait a pour aussi pour conséquence la fin d’un coup d’éclat permanent.
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