Lorsqu’un projet politique et idéologique s’éteint, soit on l’enterre avec cérémonie, soit on masque progressivement sa disparition jusqu’à le remplacer complètement. Pour l’université républicaine -disons-le d’emblée- il n’y aura pas de cérémonie. Les contemporains ont presque définitivement cessé d’être des Modernes. Le projet politique qui les animait n’a pas peut-être pas tenu ses promesses. Ils ont fini par s’en détourner sans pour autant prendre une nouvelle orientation. Dès lors, la Sorbonne est comme une boussole qui aurait perdu son aimant. Une situation de crise, sans aucun doute. Mais il y a la crise avec les pleurs, les cris et les règlements de compte. Et puis il y a la crise avec l’oubli forcé, la léthargie consciente et l’apathie généralisée. C’est contre cette dernière que nous écrivons. Aussi nous posons la question : que reste-t- il du projet des Modernes dans un cours de philosophie ?
Les pieds dans le caniveau, c’est la faute à Rousseau ?
Les pieds dans le caniveau, c’est la faute à Rousseau ?
L’enseignement de la philosophie a parti liée avec l’idéologie républicaine. L’influence rousseauiste a sans aucun doute chargé la philosophie d’un rôle politique. En affirmant que la rationalité était la condition de l’accord entre l’individuel et l’universel -entre la volonté particulière et la volonté générale- Rousseau a fait de la philo l’instance garante de la concorde publique. Cette ambition Moderne de la formation d’esprits rationnels et éclairés constitue donc un enjeu primordial d’un cours
de philosophie. Or dans un cours, peu d’éléments d’attachent à ce processus d’émancipation. Le déroulement en témoigne.
de philosophie. Or dans un cours, peu d’éléments d’attachent à ce processus d’émancipation. Le déroulement en témoigne.
Un professeur parle. Il expose une pensée, un problème. Des élèves notent, recopient le cheminement de sa pensée. Le professeur continue de parler. De son point de vue, il est certain qu’il est écouté. Cependant, il n’est pas nécessairement convaincu d’avoir été compris. Après-tout, s’ils n'entendaient rien, les étudiants poseraient des questions. Mais il n’y a pas de questions. Ou rarement. Pourtant, les
enchainements de la pensée méritent tous des éclaircissements pour qui découvre un auteur. Sur le papier pour l’étudiant, tout va de soi.Mais dans la pensée, on remet les difficultés à plus tard lors de la relecture. On comprendalors le chemin emprunté. Mais on ne saisit pas en quoi il excluait tous les autres. Or l’exercice de la rationalité, c’est aussi une activité qui consiste à discriminer les routes qui ne mènent pas à Rome. Ce n’est donc pas pendant le cours qu’a lieu l’essentiel de la formation philosophique. C’est pendant sa relecture et lorsque qu’une question est posée dans un mémoire ou à un examen. Peut-il le faire sans prendre la parole ? Et n’est-ce pas même à l’enseignant de le forcer à la prendre et de le former contre son gré? Il faut donc conclure sur ce point que nous avons abandonné Rousseau. La formation à la rationalité n’est pas dans un cours la priorité. Pourtant, à bien regarder la montée des populismes et le travail de sape de tout ce qui peut relever de l’universel, il semblerait que
cela ne serait pas de trop.
On est tous égaux, mais certains le sont plus que d’autres.
enchainements de la pensée méritent tous des éclaircissements pour qui découvre un auteur. Sur le papier pour l’étudiant, tout va de soi.Mais dans la pensée, on remet les difficultés à plus tard lors de la relecture. On comprendalors le chemin emprunté. Mais on ne saisit pas en quoi il excluait tous les autres. Or l’exercice de la rationalité, c’est aussi une activité qui consiste à discriminer les routes qui ne mènent pas à Rome. Ce n’est donc pas pendant le cours qu’a lieu l’essentiel de la formation philosophique. C’est pendant sa relecture et lorsque qu’une question est posée dans un mémoire ou à un examen. Peut-il le faire sans prendre la parole ? Et n’est-ce pas même à l’enseignant de le forcer à la prendre et de le former contre son gré? Il faut donc conclure sur ce point que nous avons abandonné Rousseau. La formation à la rationalité n’est pas dans un cours la priorité. Pourtant, à bien regarder la montée des populismes et le travail de sape de tout ce qui peut relever de l’universel, il semblerait que
cela ne serait pas de trop.
On est tous égaux, mais certains le sont plus que d’autres.
Si un cours de philo n’est pas un lieu où l’on exerce l’étudiant à un usage autonome de sa raison, est-il pour autant un lieu de transmission permettant d’assurer les ambitions méritocratiques et égalitaristes des Modernes? Nous avons d’une certaine façon déjà donné la réponse. Si un cours ne tient pas compte
des spécificités de l’individu ; si ne sont pas indiquées clairement les règles qui régissent les logiques de réussite éducative que les parents qui ont fait faire à leurs enfants grec-latin- allemand première langue eux connaissent ; si aucune bibliographie que certains possèdent déjà dans les rayons de leur bibliothèques n’est conseillée ; alors un cours n’est pas un lieu qui réduit l’écart entre les capitaux culturels mais un lieu qui les renforce. Tout cela est évidemment connu. Seuls ceux qui disposent d’un capital extérieur (prépa, parents profs, etc..) sont en mesure de valoriser le mince capital que leur offre l’université. Pour les autres -l’individu de talent excepté- les chances d’accéder à une carrière d’enseignant ou de chercheur sont considérablement réduites. Qu’allons-nous faire de ces ambitions Modernes ? Allons-nous définitivement les abandonner ? Ou bien une renaissance est-elle possible ? Toutes ces interrogations ne sont pas qu’une question de moyens. Elles sont aussi et surtout une question de volonté.
Régénérer le pourquoi par le comment
Il serait trop difficile au sein d’un corps d’enseignants et d’étudiants aussi hétérogènes que ceux de la Sorbonne, de tenter d’édifier une sorte de « pacte » dans lequel serait affirmer de nouvelles ambitions quant à la finalité de l’enseignement philosophique. Un master pro est déjà là, et personne ne s’en offusque. Si donc le pourquoi est aujourd’hui en crise, il faut lui permettre de se régénérer en redéfinissant le comment. Pour cela, nous avons cessé de penser le modèle du cours d’un point de vue français et nous nous sommes intéressés au déroulement de la formation philosophique telle qu’elle a lieu dans les universités étrangères. Nous avons ainsi fait appel aux étudiants Erasmus pour qu’ils nous racontent comment s’organise dans leur université d’origine un cours de philosophie et leur point de vue sur la Sorbonne.
des spécificités de l’individu ; si ne sont pas indiquées clairement les règles qui régissent les logiques de réussite éducative que les parents qui ont fait faire à leurs enfants grec-latin- allemand première langue eux connaissent ; si aucune bibliographie que certains possèdent déjà dans les rayons de leur bibliothèques n’est conseillée ; alors un cours n’est pas un lieu qui réduit l’écart entre les capitaux culturels mais un lieu qui les renforce. Tout cela est évidemment connu. Seuls ceux qui disposent d’un capital extérieur (prépa, parents profs, etc..) sont en mesure de valoriser le mince capital que leur offre l’université. Pour les autres -l’individu de talent excepté- les chances d’accéder à une carrière d’enseignant ou de chercheur sont considérablement réduites. Qu’allons-nous faire de ces ambitions Modernes ? Allons-nous définitivement les abandonner ? Ou bien une renaissance est-elle possible ? Toutes ces interrogations ne sont pas qu’une question de moyens. Elles sont aussi et surtout une question de volonté.
Régénérer le pourquoi par le comment
Il serait trop difficile au sein d’un corps d’enseignants et d’étudiants aussi hétérogènes que ceux de la Sorbonne, de tenter d’édifier une sorte de « pacte » dans lequel serait affirmer de nouvelles ambitions quant à la finalité de l’enseignement philosophique. Un master pro est déjà là, et personne ne s’en offusque. Si donc le pourquoi est aujourd’hui en crise, il faut lui permettre de se régénérer en redéfinissant le comment. Pour cela, nous avons cessé de penser le modèle du cours d’un point de vue français et nous nous sommes intéressés au déroulement de la formation philosophique telle qu’elle a lieu dans les universités étrangères. Nous avons ainsi fait appel aux étudiants Erasmus pour qu’ils nous racontent comment s’organise dans leur université d’origine un cours de philosophie et leur point de vue sur la Sorbonne.
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